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Pour un portrait de Laurence, une smokeuse en résistance, que je faisais pour un cours (et que je publierai ici promis), j’ai vu Laurence deux-trois fois. Elle m’a toujours tutoyée et je l’ai toujours vouvoyée, alors qu’une fois j’étais à un “happy nicotine”, un happening de clopeurs fâchés tout rouge où j’étais complètement embedded avec elle et ses potes.
La fois d’après, on s’est vues juste toutes les deux et elle m’a dit texto “Tu peux me tutoyer tu sais”. Me voilà bien gênée… Ca m’a fait penser au post que Jérôme m’avait laissé sur Facebook:
“coucou say, je suis attentivement ton blog et celui d’ivan, c’est très intéressant, je me faisais simplement une réflexion : vous apprenez le métier et vous partagez chacun vos impressions sans trop vous censurer (ce qui rend aussi l’expérience intéressante, j’en ai bien conscience), mais mine de rien parfois ça donne l’impression que vous vous prenez bien le chou sur pas grand chose. Par exemple, le coup d’Ivan de dire : “Je me suis laissé tutoyer et j’ai cédé, j’ai tutoyé – la faute ! c’est pas un peu exagéré ? bref ton avis m’intéresse.”
AAAAAAAAAAAAAAAARGH! COMMENT IMPUDENT? SE PRENDRE LE CHOU POUR RIEN? MAIS NE SAIS DONC TU PAS LES QUESTIONS EXISTENTIELLES QUE PROVOQUE LE TUTOIEMENT CHEZ LES JOURNALISTES?
Pas de problème, bienvenue dans notre monde:
Ivan avait donc enquêté sur Seybah Dagoma, candidate socialiste dans le 1er arrondissement de Paris, et avait donc parlé à plein de gens dans la section socialiste. Et il écrivait:
“Je me suis laissé tutoyer et j’ai cédé, j’ai tutoyé – la faute ! Je connais la théorie, mais je n’ai pas eu le réflexe de refuser, ou plutôt pas su comment formuler le refus. C’est le genre de choses qu’on regrette immédiatement, dès qu’on prononce “tu”. Est-ce que je demande à revenir au “vous” ?”
J’avais répondu, toute auréolée de ma bienpensance
“Je comprends que tu n’aies rien dit quand il t’a tutoyé, mais pourquoi l’avoir tutoyé en retour?
Je veux dire, t’aurais juste pu continuer à le vouvoyer même alors qu’il te tutoyait nan?
On arrive bien à vouvoyer bérangère et stéphanie [assistantes de la direction à l'Ecole] alors qu’elles ont juste genre deux ans de plus que nous!”
Et bien oui, c’est un grand problème chez les journalistes, le tutoiement. Genre le big no-no. Si possible tu ne te laisses pas tutoyer. MAIS SURTOUT SURTOUT TU NE TUTOIES PAS SINON TU MEURS!
Pourquoi? L’idée c’est que le tutoiement est un rapprochement, même s’il est purement sémantique ou grammatical, et qu’en tant que journaliste, tu es censé toujours garder une certaine distance. Il faut pas que ton interviewé pense que tu es son pote. Il risque de pas comprendre quand tu sors ton article sur lui/elle où il y aura logiquement un aspect critique, voire de se sentir trahi! ou alors de te prendre pour son organe de comm’.
Je me rappelle de Gérard Bonos, un de nos profs de radio, qui nous avait dit “Je vouvoie toujours mes collaborateurs. Un “Vas te faire foutre” part beaucoup trop vite quand vous tutoyez”. Le “tu” est tout de suite plus dans l’affect, non?
Y a pas que nous et nos profs qui en parlent:
Aujourd’hui, pendant que Jean-Marc Vittori prenait des photos de Bono à Davos, ses élèves allaient à l’attaque d’un exercice (malheureusement?) incontournable: la conférence de presse.
Pire! La conférence de presse économique, et pire encore! La conférence de presse de la Commission Attali, où l’on ne risquait pas d’apprendre un scoop puisque Les Echos ont balancé le rapport de “La Commission pour la libération de la croissance française” sur leur site genre, vendredi dernier. (ensuite ils l’ont enlevé parce que l’éditeur du bouquin tiré du rapport a menacé de les assigner en justice).
On est arrivé vers 12h15, conf prévue pour 12h30. Ivan avait emprunté un Nagra à l’école pour enregistrer la conf’, histoire d’assurer nos arrières au moment d’écrire le compte-rendu. C’est tout de même fou: alors que quand je suis en stage je me sens complètement légitime genre qui-va-là-ouais-je-suis-journaliste-ouais-ouais-qu’est-ce-que-t’as-regarde-ma-convention-de-stage-si-tu-me-crois-pas , quand je retourne à l’école je me sens de nouveau étudiante.
Autant dire qu’Ivan se baladait le nez au vent entre les attachés de presse genre “I own this place” comment qu’on fait pour brancher notre matos (dans les conférences de presse, il y a généralement une “boîte son” où tout le monde peut brancher son enregistreur histoire d’avoir un meilleur son). Il signe la feuille de présence d’un “journaliste” que je me suis empressée d’imiter, vaguement rougissante. Je suis vite rentrée dans la salle avant qu’une attachée de presse ne hurle “Hé vous! venez ici! montrez-moi votre carte de presse petite menteuse!”
Bon. Après une demi-heure de retard (pour cause de remise officielle du rapport à l’Elysée), la Commission est arrivée et là, surprise: silence total dans la salle. Mais genre total. Le théâtre du rond-point était pourtant rempli de journalistes mais l’ambiance était morte de chez morte. Rendez-moi miss france et son yaourt!
Attali a pas beaucoup laissé parler ses petits camarades (alors qu’ils étaient quand même une vingtaine sur la scène avec lui)
Bon, les mesures phares de la commission + les questions/réponses (more to come dans un article compte-rendu)
Il y a trois semaines, en stage d’observation chez Gamma (“Dites bonjour! C’est Cécile, elle fait un stage de 3ème mais elle est à Sciences-Po!”), ils ont eu la gentillesse de m’envoyer suivre des photographes.
Mercredi 28 novembre, j’étais donc dans la cour de l’Elysée, derrière le cordon de sécurité qui parque les photographes (beaucoup plus de place qu’à l’avant première de Bee movie d’ailleurs)
Extraits:
Un groupe de quatre photographes assez jeunes s’ennuient (pas d’action entre 8h et 9h30 à l’Elysée), ça donne:
- Alors il sort avec Ferrari?
- Mais pas du tout il sort avec Dati! Nan attends je t’explique, vous avez vu cette image de Dati je sais plus où, ils étaient tous en costumes noirs et BAM Dati en rouge: Elle porte une petite robe rouge, c’est un signe, elle sort avec le président! En plus, elle a un prénom en “a”…
Deux mètres plus loin, les blagues fusent:
- Ma grand-mère a raté une marche!
- J’ai raté ma mayo!
- Pas de problème! J’appelle tout de suite le président!
Dans un coin, ça discute sec de l’annonce de Sarkozy “Ces jeunes [ceux qui ont tiré sur des policiers après les évènements de Villiers-Le-Bel) iront aux Assises!”
- Oui bon c’est un effet d’annonce, mais en même temps c’est l’évidence qu’ils vont aller aux Assises
- Seulement si c’est une tentative de meurtre
- Tirer sur quelqun avec un fusil à pompe c’est un peu une tentative de meurtre non?
Pendant ce temps-là, ceux qui ont suivi Sarkozy en Chine racontent leurs problèmes
- Le truc avec les Chinois, c’est que pour eux le contact c’est à 10 mètres, ils comprennent pas qu’on veuille être plus près. Du coup à la sortie du premier discours c’était chaud y a eu de la bousculade, y a même eu une fille de BFM qui s’est pris un taquet!
Et là, enfin, Sarkozy et les ministres arrivent. Le président en premier, mais pas avant que son équipe de sécurité s’approche de nous et lâche “Pas d’images! Pour Sarkozy pas d’images!”. Les photographes et les cameramen regardent passer Sarkozy d’un air de quoi le fuck. Sarko fait coucou, réalise qu’il y a un truc étrange, ressort des portes de l’Elysée en levant la tête genre qu’est-ce qui se passe vous prenez pas ma photo? et les journalistes de montrer leur appareil puis l’équipe de sécurité. Sarko ne comprend rien mais il est pressé, il refait coucou et s’en va.
Cinq minutes plus tard c’est la révolution, jusqu’à ce qu’on apprenne l’erreur de communication: on avait dit “pas de direct, pas de plateau” et non pas “pas d’images”. L’équipe de com’ est pas contente fachée tout rouge contre la sécurité…
Fillon, Boutin, montent les marches après un petit salut, et là arrive Amara qui fonce droit devant. Les journalistes: “Bonjour! Bonjour! …. Aaah… Pas bonjour.”
Dati enchaîne (pas en petite robe rouge = sort pas avec le président!) “Bonjour! Boooonjour! … Au rvoir…”
Et là débarque MAM, comme une reine, à pied. Elle s’est faite lacher par son chauffeur devant la cour histoire de montrer qu’elle est vachement open aux médias, pas comme ses collègues. Les journalistes la hèlent “Un petit mot madame Alliot-Marie!” et elle de répondre “Je vous en ai dit plein des mots, hier soir, cette nuit, ce matin!”.
Plus tard ressortiront les familles des deux jeunes morts à Villiers-Le-Bel. L’air paumé, ils s’arrêteront quand même pour les journalistes, mais leur avocat parlera pour eux.
10h30: frigorifiée, je ne sens plus mes doigts de pied. Le photographe de Gamma me dit de filer avec ses cartes mémoires, lui attendra le conseil des ministres. Je repars récupérer ma carte d’identité à l’entrée, dommage, j’aurais bien gardé le badge “visiteur”. J’aurais surtout aimé rentrer dans l’Elysée, mais ça c’est juste pas possible. Les journalistes eux même ne peuvent pas tous rentrer ils sont obligés de s’organiser en pool. Pour oublier le froid les journalistes papotent, sautent sur place, s’échangent des conseils techniques, tapent la discute aux gens de la com’ et à David Martinon, et me draguent (Je t’ai vu vieux beau de France Inter avec tes cheveux poivre et sel et tes yeux bleus!).
Jeudi dernier à la fin de la conf de rédaction avec Nicolas Beytout. Charlotte a demandé “Est- ce que vous allez passer aux Echos comme on l’a lu cette semaine dans le Parisien?”
Ah Nicolas Beytout… Son sourire… Son esprit… Ses sarcasmes… Et son “non denial denial of the week” comme l’appelle très justement Ivan
Monsieur Beytout nous a donc répondu quelque chose du style “Ecoutez, ce que je peux vous dire, c’est qu’on arrête pas de m’annoncer partout. On m’a annoncé ministre. N’importe quoi. Il y a un an on m’annonçait à TF1. Je suis toujours là!” suivi, sous le feu de nos questions pressantes et souriantes, d’un sourire encore plus grand qui accompagnait un joli “Il est l’heure! A la semaine prochaine.”
OR, QU’APPRENDS-JE MONSIEUR BEYTOUT?
D’après Reuteurs, repris par Le Monde, “Nicolas Beytout, le directeur des rédactions du Figaro, a accepté de prendre la direction de DI Group, le pôle média de LVMH, que lui a proposée le n°1 mondial du luxe, a-t-on appris lundi de source proche du groupe de Bernard Arnault.
“Il a été proposé à Nicolas Beytout de devenir PDG de DI Group et il a accepté le poste”, a dit la source à Reuters, confirmant des informations des Echos et du Monde.
Nicolas Beytout prendrait la succession d’Alain Metternich, qui restera conseiller au sein de DI Group jusqu’à son départ à la retraite à l’été 2008, a précisé cette source.”
Et d’après Les Echos vous avez annoncé ce matin votre départ de la rédaction du Figaro pour vous occuper tout bien comme il faut de LVMH.
NICOLAS! C’EST MAL DE MENTIR PAR OMISSION A SES ELEVES!!! Alors oui d’accord vous ne partez pas pour Les Echos mais pour leur papa BLABLABLA. Je suis très très déçue. Même pas un petit scoop alors qu’en plus je vous l’avais promis “ça reste entre nous”!
Amis, préparons-nous : Jeudi à la conférence de rédaction, lançons une fronde de sujets, je veux une édition spéciale Nicolas Beytout!
Culture? “La pièce du moment : Les fourberies de Beytout”
Politique? “Nicolas annonce l’arrivée de Nicolas en avant-première”
Sport? “Sport du jour, le non denial denial”
Société? “Comment un sourire peut en dire long…”
Je sèche en Eco et en international, des idées?
Sciences-Po en colère! La Newsroom est en guerre!
Ok, le titre était facile. D’ailleurs, quelqun sait si cette phrase a jamais vraiment été prononcée par Georges Marchais? Parce que j’ai cherché mais j’ai pas réussi à voir ou entendre la scène. (il y a une vidéo sur dailymotion qui s’appelle “taisez-vous Elkabbach” où l’on voit la fameuse interview, mais à aucun moment Marchais ne dit ça, il dit juste “Ecoutez Elkabbach..” avec sa voix trop Georges Marchais.)
Edit: la réponse ici
Bref.
Tout ça pour dire qu’aujourd’hui Jean-Pierre Elkabbach était l’invité de la masterclass mensuelle de l’Ecole de Journalisme à Sciences-Po. Et c’était ambiance.
Moi: “Vous pouvez nous parler de votre déontologie? Je me réfère en particulier à l’affaire de 2006 où vous aviez consulté Monsieur Sarkozy pour choisir un journaliste politique d’Europe 1″.
M. Elkabbach: “Je vois très bien quelles sont vos lectures.
Tout est faux et tout a été répété. Sarkozy a fait sa première interview avec moi donc je le connais bien, et je l’ai connu dans des moments difficiles pour lui. Pendant longtemps je n’arrivais pas à trouver de chef de service politique convenable. J’ai demandé à beaucoup d’hommes politiques, des syndicalistes, ce qu’ils en pensaient. Comme les gens qu’ils me citaient étaient tous plus ou moins des amis à eux je ne les ai pas pris.
Au cours d’un voyage à Moscou Sarkozy a voulu montrer qu’il savait tout sur tout. [...] J’ai engagé au poste de chef de service Hélène Fontanaud, une journaliste que je ne connaissais que par ses papiers.”
Moi: J’ai deux questions, d’abord vous avez dit “tout était faux”, donc vous n’avez pas consulté Monsieur Sarkozy pour savoir qui prendre? Et par ailleurs, pourquoi avoir consulté des hommes politiques et des syndicalistes, quel intérêt?
M. Elkabbach: Il faut que vous appreniez à écouter.
J’ai en effet consulté Monsieur Sarkozy parmi d’autres personnalités. Mais j’ai fait mon choix tout seul pas sur un des journalistes conseillés.
Je l’ai fait [consulté des personnalités politiques/syndicalistes] parce que ce sont des gens qui voient chaque jour des accrédités et ils voient donc ceux qui émergent, ceux qui ont le plus de tempérament. Après le fait de demander un avis et d’écouter ne veut pas dire l’obligation de suivre ce que l’on vous dit.”
Après il y a eu un petit brouhaha, élisa derrière moi qui disait nan mais pourquoi vous avez pas interrogé des journalistes des journaux? Ce à quoi il a répondu quelque chose comme “si vous croyez que Libé a intérêt à me donner les bons noms”
J’ai pensé très fort “si vous croyez que Sarkozy a intérêt à vous donner un bon nom” mais je l’ai pas dit.
Au final, je suis ressortie un peu agressée et surtout assez frustrée de la conversation. Il supporte pas très bien la critique!
Après j’en ai parlé avec les gens de la classe. Apparemment, et je m’en rends compte maintenant, ma deuxième question “vous avez dit “tout était faux”, donc vous n’avez pas consulté Monsieur Sarkozy pour savoir qui prendre?” n’était pas du tout claire. Plusieurs élèves m’ont dit qu’ils avaient l’impression que je me répétais et qu’en effet je ne savais pas écouter! En fait j’ai cru le prendre en contradiction avec lui même puisqu’il disait “tout est faux” avant de dire “j’ai bien consulté des gens”. Son “tout est faux” voulait en fait dire il est faux que j’ai suivi les recommandations de Sarkozy pour choisir ma chef de service, même si je l’ai consulté. My bad.
Par contre, on est toujours pas d’accord avec Kéth et Hélo sur le fait de consulter des hommes politiques ou des syndicalistes pour engager un journaliste.
Pour les filles (et n’hésitez pas à commenter si j’ai mal retransmis votre pensée!!!), il n’y a pas de problème. C’est vrai que ces gens voient des journalistes tout le temps, en plus c’est pas comme s’il n’avait demandé conseil qu’à une seule personne, et il faut pas non plus avoir une vision manichéenne genre les hommes politiques ne feront que mentir pour avoir quelqun qui leur soit aimable.
Pour moi et quelques autres (en vrac je crois julien et louis?), le problème, la seule logique dans le fait de demander conseil à des politiques et des syndicalistes, c’est de le faire pour ensuite ne pas suivre leurs conseils. Ce qu’Elkabbach n’a pas dit qu’il faisait. Les hommes politiques sont stratégiques, ils n’ont pas intérêt à désigner des journalistes “plein de tempérament”, je vois pas ça comme une vision manichéenne mais machiavellique (stratégie politique, pragmatisme blabla).
Dans tous les cas ça a fait débat et c’était bien drôle! (sur ça t’avais raison Kéth!). Elkabbach a aussi parlé de France télévisions et comment le rendre plus concurrentiel, des techniques d’interview, de l’indépendance d’Europe 1 (Elisa, géniale perle s’adressant à Elkabbach: “Vous êtes possédé par Lagardère”)
Ivan lui a demandé ce qu’il pensait du Canard enchaîné (en réponse je suppose au “Je vois très bien quelles sont vos lectures”, qui d’ailleurs étaient le Canard mais aussi le nouvelobs.com ) et Elkabbach a dit qu’il le lisait avec attention. ” Quand on est concerné et qu’on voit des anecdotes sur soi, des qui sont fausses, on sourit et on le lit avec plus de circonspection. Mais pour nous c’est aussi un journal de référence parce qu’ils font des enquêtes que très souvent les journalistes ne font pas, ce sont des vrais déclencheurs d’enquête”.
Ben vous voyez Monsieur Elkabbach, finalement on a les mêmes lectures peu recommandables!


