Quand j’étais en stage d’observation chez Gamma, j’ai pu assister à une réunion le mardi 27 novembre, entre le directeur de la rédaction et trois photographes qui étaient partis la veille à Villiers-Le-Bel.

Les photographes avaient joué les malins pour ne pas se faire piquer leur matos: l’un d’entre eux était en twingo pourrie, et a bien gentiment donné son portable quand on le lui a demandé. L’autre était un moto avec un portable pourri et une puce bloquée  plus un portefeuille avec 10 euros et des fausses cartes de crédits.

Le directeur de la rédac avait vu et apprécié leurs photos, mais il voulait maintenant penser aux bouclages d’hebdos du jeudi-vendredi et avoir « une plus-value visuelle », essayer de construire quelque chose, une histoire.

L’un des photographes allait partir « embedded » avec les flics, un autre voulait partir de jour voir les dégats et refaire les reportages des émeutes de 2005, où ils allaient chercher les gens dans leurs décombres pour en faire des photo reportages.

La discussion est très vite partie sur l’ambiance à Villiers-Le-Bel et les différences entre 2007 et 2005:

-« Faites attention, n’oubliez pas que le sport national c’est de se choper un journaliste ». Un des photographes s’est fait crié dessus à coup de « Enculé de journaliste! Enfoiré t’es de TF1!!! »

– un des photographes a vu un gamin avec fusil à pompe tout neuf « surement piqué dans un commissariat »

– l’émeute du lundi soir avait l’air beaucoup plus organisée qu’en 2005. D’après les photographes, les jeunes attaquaient par petits groupes, en se servant beaucoup des téléphones portables pour se dispatcher.

-Face à ça, ils avaient l’impression que la police était beaucoup plus désorganisée qu’en 2005, pour eux les flics étaient beaucoup plus inexpérimentés qu’en 2005: « dans le fourgon, le chef leur crie « tu sors tu sors! » et ils veulent pas! ils ont la trouille! ». Mais au moins cette fois-ci ils n’étaient pas habillés en Robocop, ce qui avait bloqué leur liberté de mouvement en 2005. 

– la grande question c’était « Mais où sont les parents??? »: beaucoup moins de familles dehors qui interpellaient les jeunes pour leur dire d’arrêter leurs conneries et de rentrer chez eux.

– ils avaient l’impression que les jeunes étaient plus jeunes qu’en 2005, beaucoup avaient 14-15 ans, pour les photographes c’était des qui avaient 12 ans en 2005 et ont vus leurs grands-frères faire la baston.

La conclusion de tout ça, c’était qu’il y aurait un photographe embedded, un en caisse pour prendre en photos les bastons/feus/fusils à pompe/gamins encagoulés, et un pour essayer d’aller voir les parents, de toquer dans les cités.

Aucun n’avait prévu qu’il ne se passerait rien le mardi soir, ni les jours d’après….

Publicités