Rappelez-vous, en Novembre, vous étiez tous jaloux parce que je partais une semaine au Maroc! C’était avec l’Ecole de Journalisme — et l’ambassade du Maroc — et quand j’ai pu m’échapper des visites obligatoires (thé à la menthe + power point dans x ministère) j’ai écrit cet article.

Il fait partie du dossier de l’Express international réalisé par une partie de ma promo. Si vous voulez voir d’autres articles et les vidéos/ sons faits pendant ce voyage, c’est sur ce blog spécialement créé pour l’occasion.

La Moudawana, trois ans après.

Assise sur une table du centre Annajda (Au secours), Zahra Ouardi, secrétaire générale de la section Casablanca de l’Union pour l’action féminine (UAF), passe en revue les améliorations apportées en 2004 par la révision du Code de la famille. Les femmes peuvent divorcer, l’âge légal du mariage pour les filles est passé à 18 ans, la polygamie est devenue quasi impossible… En théorie, des changements d’une réelle portée. En pratique cependant, les femmes qui demandent le divorce doivent suivre un véritable parcours du combattant. “Et même quand le tribunal rend le jugement, il est difficile de le faire appliquer”.

Elles sont, du coup, nombreuses à faire appel à des associations telles que l’UAF. Aujourd’hui, les centres Annadja reçoivent 30 à 35 femmes par jour, contre 10 à 20 il y a quatre ans, avant la réforme du code. Sur place, des bénévoles accueillent, soignent, conseillent et forment. Elles assistent les femmes dans toutes leurs démarches et les préparent aussi à une vie après le divorce, en leur enseignant la couture, la coiffure, voire l’informatique.

“C’est grâce à la société civile que la moudawana (Code de la famille) a été réformée et aujourd’hui, elle veille à son application” dit Fatima El Maghnaoui, vice-présidente de l’UAF. Car pour que les femmes puissent faire respecter leurs droits, encore faut-il qu’elles les connaissent et qu’elles les comprennent. Alors l’UAF donne des cours d’alphabétisation et d’information juridique, en même temps qu’elle organise des campagnes de sensibilisation dans les écoles. Elle se dit étonnée des réactions des élèves, pour la plupart défavorables à la moudawana. “Les intégristes, déplore-t-elle, ont labouré le terrain dans les écoles et les écoles. Or celles-ci sont un outil primordial de sensibilisation.”

Au lendemain du vote de la nouvelle loi, Zahra Ouardi avait été choisie pour faire partie d’une délégation du ministère de l’Education nationale, chargée de mener une campagne d’explication dans les établissements scolaires. Le programme comprenait des visites aux écoles, des réunions avec les élèves, la distribution de circulaires. Elle se souvient encore d’une discussion houleuse qu’elle avait eue avec le directeur de cette délégation. “Que de moyens déployés uniquement pour parler des droits des femmes et des enfants, c’est exagéré!” avait-il lancé, en refusant de distribuer les documents pourtant fournis par son administration.

Analphabétisme, intégrisme, pauvreté, autant de freins à l’application de la loi. “Les droits de la femme ou de l’enfant n’intéressent guère les gens pauvres. Eux sont dans des situations d’urgence, ils ont d’abord besoin de manger », explique Zahra Ouardi. Dans la pratique, la pauvreté empêche parfois les ex-maris de payer une pension à leur ex-femme. “Ils préfèrent aller en prison que de payer. Il faudrait que l’Etat crée une pension pour ces femmes car qui dit pauvreté dit situations précaires et enfants des rues; c’est un cercle vicieux”.

La prochaine étape pour l’association? “Nous allons continuer d’agir pour faire appliquer la nouvelle moudawana”, affirme Fatima El Maghnaoui. “Il faut déjà parvenir à changer les mentalités sur tous ces points avant de pouvoir penser aborder les problèmes les plus délicats comme l’héritage.”

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