Le dernier exercice de mon cours de presse écrite avec Jean-Marc Vittori des Echos, c’était d’écrire un édito « à la manière de ». Le sujet était « Daniel Bouton est-il trop payé? » et j’ai choisi de l’écrire à la manière d’un édito de Elle

Quand je serai grande, je serai Daniel Bouton.

Fini le journalisme ! Une chef trop embêtante et pas assez d’argent pour m’offrir le Kelly de Hermes. J’ai pensé à devenir Britney Spears, Thierry Henry ou Angelina Jolie, mais c’est un peu compliqué. Heureusement, la Société Générale est arrivée et m’a ouvert les yeux : le métier d’avenir, c’est Daniel Bouton.

Comme lui, je peux faire l’ENA, en sortir à 23 ans benjamin de ma promo, faire une bonne petite carrière dans l’administration avec un passage comme directeur de cabinet d’Alain Juppé. Et puis à 37 ans me faire parachuter à la Société Générale pour y pantoufler tranquille.

Pas besoin de chanter, de faire des concerts, ni de savoir jouer au foot ! Pour gagner autour de 10 millions d’euros par an, il me suffira – comme à Daniel – d’être PDG de la Sogé.

On pourrait croire qu’un PDG, c’est au moins aussi utile que des Christian Louboutin dans un défilé Yves Saint Laurent. Qu’une entreprise repose sur son dirigeant, seul maître à bord responsable des réussites et des catastrophes.

En fait non.


Une étude effectuée par l’Université de Manchester entre 1983 et 2002 sur les liens entre enrichissement des patrons et amélioration de la performance d’une entreprise se conclut sur ces mots : « les PDG des sociétés géantes pourraient n’être qu’une autre classe de dirigeants moyennement inefficaces dont le rôle est de gérer les évènements et d’éviter le désastre, mais pas de produire une performance élevée ou une victoire glorieuse ».

Et là, Daniel Bouton n’assure pas du tout. Plus généralement, l’étude démontre donc que les PDG encensés ou honnis ne font finalement pas grand chose, ou plutôt que leur action n’est pas l’action divine qui fait fructifier leur méga entreprise.

Mais en plus, 4.9 milliards d’euros de pertes pour la Sogé, ça se qualifie franchement de « désastre » non évité par Daniel Bouton. Dans les auditions de Jérôme Kerviel, le trader de 31 ans seul responsable – d’après la Société Générale – d’une perte jamais vue, l’accusé n’a fait que répéter qu’il ne pouvait pas croire que sa « hiérarchie n’avait pas conscience des montants qu[‘il] engageai[t], il est impossible de générer de tels profits avec de petites positions ».

Entre nous, présenter ta démission, c’était un joli coup de comm’ Daniel, parce que tu savais bien qu’elle ne serait pas acceptée. Responsable mais pas coupable, tu renonces à ton salaire jusqu’au 30 juin 2008 ? C’est gentil, et un très beau geste, mais ça ne servira pas à grand chose.

Calculons ensemble : 4.9 milliards de perdus. 10 millions d’euros de gagnés par an pour Daniel. En y renonçant jusqu’à juin, il ne touchera donc pas environ 5 millions d’euros. Bon. 4.9 milliards – 5 millions = 4.895 milliards.

Moui. On ira pas bien loin comme ça. Surtout que ces calculs, c’est en supposant que Daniel renonce à toutes les composantes de son salaire, calculé par Capital en novembre 2007: son fixe, 1.25 millions d’euros. Sa part variable (son bonus) qui peut aller jusqu’à 2.1 millions d’euros, et ses stock options, tout de même 7.5 millions d’euros.
Pas de précision sur le sujet, Daniel pourrait donc continuer à toucher discrètement ses stock options comme de normale. Et ça, vraiment, je ne peux pas l’accepter. Il y a des personnes qui ont bien plus besoin de 5 millions d’euros. Moi par exemple.

Alors, Daniel, soyons clairs : Tu es trop payé, je ne le suis pas assez. Glisse moi tes 5 millions dans une enveloppe discrètement, j’ai toujours rêvé de gagner 9 euros par minute.

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