Entre mon père qui confond Twitter et Flickr, ma mère qui ne comprend rien ni à l’un ni à l’autre,  et Johan qui essaye de convaincre tous les gens qu’il croise dans la rue que vraiment Twitter c’est trop bien OUVRE TOI UN COMPTE TOUT DE SUITE, j’avais mon article tout tracé.

Alors voilà la grande question : Pourquoi les médias français ont découvert Twitter avec trois ans de retard?

failwhale twitter(Photo : l’image, dessinée par Yiying Lu, de la «fail whale». Elle apparait quand Twitter rencontre un problème technique)

La plateforme de micro-blogging — on y poste des messages ou statuts de 140 caractères au maximum —  a été créée en mars 2006. En trois ans, c’est la première fois que des articles en français sont écrits à une telle fréquence sur le sujet. Pourquoi une passion médiatique si tardive pour Twitter, de part et d’autre de l’Atlantique?

Le crash de l’Hudson

D’abord parce que les journalistes français se sont mis à Twitter très récemment. Le site a été lancé en anglais, et les «tweets» (gazouillis) intelligibles en français étaient rares. Les premiers utilisateurs français de l’outil étaient des développeurs web qui écrivaient dans un langage très technique, explique Vincent Glad, journaliste à 20minutes: «Ça fait deux ans que des journalistes écrivent des articles en disant: Twitter c’est génial; mais sans y être inscrit, parce qu’ils ne voyaient pas à quoi ça servait».

Difficile de savoir pourquoi les journalistes s’y sont mis en 2009. L’utilisation de Twitter par la campagne d’Obama peut-être, l’attentat de Mumbaï, les premières photos du crash dans la rivière Hudson et de celui d’Amsterdam diffusées sur le site, ou encore l’incendie de la CCTV à Pekin impossible à censurer grâce à Twitter, sont des facteurs événementiels à prendre en compte.

L’évolution de Twitter outre-Atlantique a aussi rendu l’outil beaucoup plus intéressant et exploitable. Au départ, Twitter servait à répondre à la question «What are you doing?» (Que faites-vous?). Forcément, voir les gens que l’on suit sur Twitter enchaîner «I’m cooking pasta» (Je fais cuire des pâtes), «I just crossed the street» (J’ai traversé la rue), et «I’m waiting at the Airport» (J’attends à l’aéroport), manquait un peu d’intérêt.

Mais comme l’explique l’un des fondateurs de Twitter dans un discours prononcé à la conférence techno TED, Twitter est en permanence modifié par ses utilisateurs. Et sa devise commence à se transformer en «What is happening?» (Que se passe-t-il?), puisque les twitterers se servent de la plateforme pour partager des liens et des articles intéressants, ou devenir les premières sources de l’actualité en relayant un événement auquel ils assistent.

L’effet d’entraînement

Pour Benoît Raphaël, rédacteur en chef du Post.fr, le phénomène a d’abord pris de l’ampleur en ligne. Quand «l’effet de buzz» est devenu assez fort  pour «franchir la ligne de vue du télescope médiatique», l’effet d’emballement médiatique a suivi, puisque, classiquement, dès qu’un média parle d’un sujet les autres le traitent à leur tour.

Après avoir trouvé une raison d’être à Twitter, et donc une raison de s’inscrire, l’entrainement a été très rapide. «Il y a une dimension de facilité sur Twitter», explique Frédéric Filloux, éditeur de la Monday Note. «C’est très rapide de s’inscrire, et très rapide d’y être actif. Il y a une légèreté dans Twitter, c’est la victoire de l’interface ultra-simple».

D’où l’effet d’entraînement: un phénomène viral se crée, des utilisateurs postent des tweets intéressants pour les journalistes, les journalistes s’inscrivent sur Twitter et en parlent dans tous les médias, davantage d’internautes s’inscrivent sur le site grâce à ça, créant donc potentiellement plus de tweets intéressants pour les journalistes, etc.

Un point de bascule médiatique

Pour autant, l’excitation médiatique autour de Twitter ne se reflète pas dans le nombre d’utilisateurs. Il n’y a pas encore de statistiques récentes spécifiques à la France, mais d’après un article de Neal Wiser sur la «bulle Twitter», Twitter reçoit la moitié de la couverture médiatique de Facebook pour trente fois moins d’utilisateurs. «C’est ce qui s’était déjà passé pour Facebook», rappelle Vincent Glad, «quand tout à coup les journalistes français avait découvert Facebook à l’été 2007 alors que le site existait depuis 2004».

En 1997 les évènements avaient droit à leur lecture vue par le web, puis par les blogs au début des années 2000, et Facebook en 2007. Aujourd’hui on assiste à l’explosion des articles qui traitent de la couverture d’une actu sur Twitter. Si pour Benoît Raphaël, «Twitter participe de la mutation de l’écriture éditoriale sur le Net», l’outil est pour l’instant plus utilisé comme sujet que comme terrain de reportage.

Comme l’explique Amanda Lenhart, co-auteure d’une étude mi-février sur le sujet pour le Pew Internet Project, Twitter vit un effet de «chambre d’écho médiatique». Même si le site a connu une croissance globale de 752% en 2008, seuls 11% des internautes Américains utilisent Twitter ou un autre moyen en ligne d’actualiser leur statut. Le réflexe Twitter «n’a donc pas encore été adopté par la masse des internautes», conclut Amanda Lenhart.

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