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Deuxième semaine, deuxième série de cours magistraux. Lundi soir c’est Eric Bates, l’un des rédacteurs en chef de Rolling Stone, qui est venu parler à l’école de journalisme de Columbia.

Comme Soledad O’Brien -CNN-, il a commencé par nous dire avoir débuté en pleine récession, « la pire récession avant cette récession », avec des boulots dans le « advocacy journalism », le journalisme engagé, « qui s’appelle aujourd’hui le blogging ». Il est resté dans cette voie jusqu’à Mother Jones, avant de passer chez Rolling Stone.

Eric Bates

Eric Bates

D’après lui, pas de grande différence entre les deux supports:

J’édite des longs papiers d’investigation, il n’y a pas de sujet tabou… les médias grand public et les journaux engagés se sont rapprochés: quand j’étais chez Mother Jones, je voulais des papiers que le New York Times voulait aussi. Ce n’était pas le cas avant, lorsque les journalistes venaient faire publier chez les journaux engagés ce qu’ils ne pouvaient faire publier dans les mainstream media.

Comment se fait le choix de la couverture de Rolling Stone?

La couverture du magazine, c’est du sérieux. Les focus groups montrent que nos lecteurs considèrent qu’y accéder ne peut et ne doit se faire qu’au mérite. Je me rappelle que lorsqu’on avait mis Heath Ledger en couverture au moment de Brokeback Mountain, des lecteurs énervés trouvaient qu’il n’était pas assez rock n roll pour Rolling Stone…

Plusieurs critères: ce qui va faire vendre le journal, ce qui est tendance, qui on a eu dernièrement en couverture pour éviter d’enchaîner trois starlettes, ou trois vieux rockeurs. Certaines personnes n’acceptent d’être interviewées que si elles vont en couverture, on se demande alors si on les veut à ce point, si elles méritent d’être en couverture ou pas.

Pourquoi est-ce que vous mettez des vieux en une?

Parce que les jeunes artistes ne font pas vendre! L’industrie musicale n’est plus capable de fabriquer des stars comme elle savait le faire, des stars qui traversent les cultures, les genres, les origines sociales ou ethniques, mais les anciens ont toujours ce truc.

Les jeunes lecteurs achètent quant ils voient Dylan ou The Doors parce qu’ils aiment les écouter. Ils vendent, ils sont transgénérationels. Si on a mis Obama trois fois en couverture, c’est aussi parce qu’il fait vendre.

Ca fait quoi d’être en charge de la partie politique d’un magazine capable de mettre les Jonas Brothers en couverture?

En travaillant pour Rolling Stone je me suis rendu compte de la difficulté d’écrire un bon portrait de star; ça m’a fait respecter le boulot des journalistes people. Vous le voyez bien dans tous les magazines, y compris le nôtre parfois, avec ces mauvais portraits qui commencent par le journaliste se plaignant d’être face à une star de mauvaise humeur qui ne veut pas répondre à ses questions. En gros l’article c’est toujours « voilà comment je n’ai pas d’article ».

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes journalistes qui ont envie de faire de l’enquête, comme vous à Mother Jones?

Levez-le cul de votre chaise! Avant ça pouvait prendre toute une journée pour réussir à avoir un début de documentation. Maintenant on peut trouver plein de choses par internet, mais on ne peut pas tout trouver. Et ne cédez pas à cette idée que les journalistes seraient des appareils photos, des canevas vierges. Sachez ce que vous apportez à votre article, de votre biais, pas pour l’en purger mais pour être conscient de la théorie que vous avancez et testez. Pensez comme les scientifiques, ils ne se disent pas « Tiens, ce matin je vais aller voir ce que font les vers de terre » mais « Tiens, je me dis que les vers de terre font ceci, alors je vais faire un test pour voir si c’est vrai ».